Les entraînements ont repris, les championnats jeunes redémarrent et les gymnases vont de nouveau se remplir chaque week-end. Des milliers d’enfants et d’adolescents vont retrouver leurs coéquipiers, leurs entraîneurs, leurs dirigeants et leurs bénévoles.
Pour beaucoup d’entre eux, le club de basket est bien plus qu’un endroit où l’on vient jouer. On y passe plusieurs heures par semaine, on y voyage, on y grandit, on y crée des liens parfois très forts avec des adultes qui deviennent des références.
Cette confiance est précieuse. Elle implique aussi une responsabilité : faire du club un environnement dans lequel un jeune peut pratiquer en sécurité.

Parler de protection des mineurs ne signifie pas regarder chaque entraîneur, chaque dirigeant ou chaque bénévole avec suspicion. L’immense majorité donne de son temps avec passion et bienveillance. Il s’agit au contraire d’installer quelques réflexes collectifs permettant de protéger les jeunes, mais aussi les adultes qui les encadrent.
On pense souvent à la protection des mineurs lorsqu’une affaire éclate. C’est justement trop tard.
La prévention se construit dans le fonctionnement quotidien d’un club : la manière dont on communique avec les jeunes, dont on organise les déplacements, dont on utilise les vestiaires, dont on prend des photos, dont on réagit lorsqu’un licencié exprime un malaise.
Certaines situations sont parfaitement banales dans la vie sportive. Un entraîneur doit parfois discuter individuellement avec un joueur. Un dirigeant peut devoir raccompagner un jeune. Un membre du staff entre nécessairement parfois dans un vestiaire.
L’objectif n’est donc pas d’établir une règle absurde selon laquelle aucun adulte ne pourrait jamais se retrouver à proximité d’un mineur.
Le bon principe est plutôt celui de la transparence.
Quand une situation peut facilement être organisée autrement, il est préférable d’éviter les tête-à-tête inutiles dans des lieux isolés ou fermés. Une discussion individuelle peut avoir lieu dans un espace visible. Un déplacement peut être organisé collectivement. Une information sportive peut passer par un groupe ou un canal officiel plutôt que par des échanges privés répétés.
Ce sont parfois de très petites habitudes. Pourtant, elles diminuent les situations ambiguës et créent un cadre plus sécurisant pour tout le monde.
Le vestiaire mérite une attention particulière parce qu’il constitue un espace d’intimité.
La présence d’un adulte peut évidemment être nécessaire : consignes avant un match, intervention d’un entraîneur, problème matériel ou médical… Mais cela ne signifie pas que le vestiaire doit devenir un lieu de passage permanent.
À Marseille Basketball TV, nous avons nous-mêmes fait le choix de limiter au maximum notre présence dans les vestiaires, quels que soient l’âge ou le genre des joueurs et joueuses. Une interview, une photo ou une séquence vidéo peut presque toujours être réalisée ailleurs.
Ce choix ne repose pas sur la méfiance. Il repose sur un principe simple : lorsqu’il n’est pas nécessaire d’entrer dans un espace d’intimité, pourquoi le faire ?
Pour les clubs comme pour les médias, photographes ou vidéastes présents autour des équipes, cette question devrait devenir un réflexe.
Le téléphone a profondément modifié la relation entre entraîneurs et joueurs.
WhatsApp, Instagram, Snapchat ou les messageries permettent de transmettre rapidement des informations, mais ils créent également des échanges qui n’existaient pas auparavant en dehors du club.
Là encore, il ne s’agit pas d’interdire toute communication. Mais pour les mineurs, les informations concernant les entraînements, horaires, convocations ou déplacements devraient autant que possible passer par des outils identifiés par le club, des groupes collectifs ou des canaux connus des responsables légaux.
Le contenu compte aussi.
Une conversation sportive n’a rien d’anormal. Des messages personnels répétés, à des horaires inappropriés, des demandes de photos, des remarques sur le corps ou la sexualité, une volonté d’isoler progressivement un jeune de son entourage ou une relation entretenue dans le secret doivent, en revanche, alerter.
La FFBB rappelle que les violences à caractère sexuel ne se limitent pas à une agression physique : elles peuvent notamment prendre la forme de propos sexuels ou sexistes, de messages, de chantage ou de comportements imposés à caractère sexuel.
La réglementation sportive s’est renforcée ces dernières années.
Le Code du sport prévoit une obligation d’honorabilité qui concerne notamment les éducateurs, y compris bénévoles, ainsi que les personnes intervenant auprès de mineurs dans les établissements d’activités physiques et sportives. Certaines condamnations sont incompatibles avec ces fonctions.
Un système automatisé permet aujourd’hui aux fédérations de transmettre les données nécessaires au contrôle des éducateurs bénévoles, arbitres, dirigeants concernés et intervenants auprès de mineurs. Le ministère indique que plus de 4,8 millions de contrôles d’honorabilité ont été réalisés depuis 2021 et que, pour la seule année 2025, 981 personnes ont été écartées de fonctions d’encadrement à la suite de ces contrôles.
La loi du 8 mars 2024 a encore renforcé ce dispositif, notamment en organisant l’annualité du contrôle et les obligations de transmission de certains signalements aux autorités de l’État.
Mais le contrôle d’honorabilité ne dispense jamais un club d’être vigilant.
Un fichier peut permettre d’identifier certaines condamnations ou incapacités. Il ne remplace ni la prévention, ni l’écoute, ni le signalement d’un comportement inquiétant.
C’est probablement le moment le plus délicat.
Un enfant ou un adolescent peut parler directement. Il peut aussi commencer par une phrase vague, un changement de comportement, une envie soudaine de ne plus venir à l’entraînement ou un malaise lorsqu’une personne est présente.
Il ne faut ni banaliser, ni immédiatement se transformer en enquêteur.
Le ministère des Sports recommande, lorsqu’une victime se confie, de se montrer disponible, d’écouter sans jugement, de rester calme, de laisser la personne raconter avec ses propres mots et surtout de ne pas suggérer les réponses.
La mission d’un entraîneur ou d’un dirigeant n’est pas de mener un interrogatoire pour déterminer lui-même si les faits sont vrais.
Écouter. Protéger. Transmettre aux personnes compétentes.
Les enquêtes appartiennent ensuite aux autorités et organismes chargés de les conduire.
C’est probablement l’un des points les plus importants.
Lorsqu’une situation préoccupante apparaît, il peut exister un réflexe humain : préserver l’image du club, éviter les rumeurs, résoudre le problème « en interne ».
Mais l’intérêt d’une institution ne doit jamais passer avant la sécurité d’un jeune.
Prendre au sérieux une alerte ne signifie pas condamner immédiatement la personne mise en cause. Protéger une potentielle victime et respecter la présomption d’innocence ne sont pas incompatibles.
Des mesures conservatoires peuvent permettre de sécuriser une situation pendant que les faits sont examinés. Plusieurs procédures peuvent également coexister : disciplinaire au sein du mouvement sportif, administrative et éventuellement judiciaire.
Signal-Sports peut justement recevoir les signalements de victimes, témoins ou personnes ayant connaissance d’une situation de violence dans le sport. La cellule travaille ensuite avec les fédérations, les services de l’État et, lorsque cela relève du pénal, les services de police et la justice.
Le sujet n’est pas marginal : en 2025, 872 signalements ont entraîné l’ouverture d’une enquête administrative, selon le ministère des Sports. Depuis 2020, Signal-Sports a traité 2 607 signalements ayant conduit à 1 135 mesures administratives de protection.
La Fédération Française de Basketball dispose de sa propre plateforme de signalement, JeSignale, ouverte depuis septembre 2024.
Elle est accessible aux licenciés comme aux non-licenciés, victimes ou témoins, et permet de signaler notamment des violences sexuelles, physiques, psychologiques ou des discriminations. Le signalement peut être effectué anonymement et suivi grâce à un code confidentiel. Une adresse dédiée existe également : signalement@ffbb.com.
La FFBB a par ailleurs renforcé en 2026 son dispositif d’accompagnement en signant un partenariat institutionnel avec France Victimes.
Au niveau national, Signal-Sports peut être contacté à l’adresse signal-sports@sports.gouv.fr, par une victime comme par un témoin.
Lorsqu’un mineur est en danger ou risque de l’être, le 119 – Allô enfance en danger est accessible gratuitement et confidentiellement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En cas de danger immédiat, les services d’urgence doivent être contactés.
Finalement, protéger les jeunes ne nécessite pas uniquement de nouvelles procédures.
Cela commence avec quelques habitudes : expliquer les règles aux éducateurs dès le début de saison ; identifier clairement la personne à contacter en cas de problème ; informer les parents ; limiter les situations d’isolement inutiles ; respecter l’intimité des vestiaires ; encadrer les communications numériques ; être vigilant lors des déplacements ; réfléchir avant de photographier ou filmer un mineur ; et surtout créer un environnement dans lequel un jeune sait qu’il peut parler.
Ces règles ne doivent pas être vécues comme une contrainte imposée aux éducateurs.
Elles les protègent également.
Lorsqu’un club fonctionne avec des règles transparentes, connues des entraîneurs, des dirigeants, des parents et des joueurs, chacun sait où se situent les limites. Les situations ambiguës deviennent moins nombreuses et les comportements réellement problématiques sont plus faciles à identifier.
Une nouvelle saison commence.
Nous allons parler de résultats, de classements, de sélections, de progression, de victoires et de défaites. C’est le jeu et c’est aussi ce qui nous passionne.
Mais derrière le numéro porté sur un maillot U11, U13, U15 ou U18, il y a d’abord un enfant ou un adolescent confié pendant plusieurs heures à une structure et à des adultes.
La performance sportive ne doit jamais faire oublier cette réalité.
Un bon club n’est pas seulement celui qui gagne des championnats ou forme de bons joueurs. C’est aussi celui dans lequel un enfant peut entrer dans un gymnase, pratiquer son sport, progresser et repartir chez lui en sécurité.
Et sur ce sujet, entraîneurs, dirigeants, bénévoles, parents, joueurs, arbitres, photographes et médias ont tous une part de responsabilité.
La protection des jeunes ne doit pas commencer lorsqu’une affaire éclate. Elle doit commencer dès le premier entraînement de la saison.

