Depuis le 1er octobre, le rose a envahi les réseaux sociaux du basket amateur.
Des clubs ont entièrement recoloré leur logo. D’autres y ont ajouté un ruban. Les affiches de matchs prennent des teintes roses, les tee-shirts spéciaux ressortent et les publications consacrées à Octobre Rose se multiplient.
Cette visibilité est utile. Elle permet de rappeler chaque année une cause essentielle : la sensibilisation au cancer du sein et à son dépistage.
Mais elle soulève aussi une question simple : une mobilisation peut-elle s’arrêter à un changement de logo pendant trente jours ?
Car derrière le rose, il y a surtout un message à comprendre, à transmettre et, lorsque cela est possible, des actions concrètes à mener.
Octobre Rose est le mois consacré à la sensibilisation au cancer du sein, avec notamment l’objectif d’informer sur l’importance du dépistage précoce.
Les chiffres permettent de comprendre l’enjeu : une femme sur huit développera un cancer du sein au cours de sa vie et, lorsqu’il est détecté tôt, il peut être guéri dans 9 cas sur 10.
En France, le programme de dépistage organisé concerne les femmes de 50 à 74 ans, sans symptôme ni facteur de risque particulier. Une mammographie leur est proposée tous les deux ans dans le cadre du dispositif.
Évidemment, lorsqu’un club de basket sensibilise ses U15 ou ses U18, ces jeunes joueuses ne sont pas la population directement concernée par ce programme.
Mais l’intérêt est ailleurs.
Une joueuse de 15 ans peut rentrer chez elle et en parler à sa mère. Un joueur senior peut transmettre l’information à sa compagne. Un éducateur peut toucher plusieurs dizaines de familles.
Et c’est précisément ce qui rend le milieu associatif particulièrement intéressant pour ce type de campagne.
Lors de notre Media Day, nous avions demandé à plusieurs joueurs et joueuses présents de nous expliquer en quelques mots ce que représentait Octobre Rose.
Les réponses ont été très variables.
L’équipe féminine de la SCO Sainte-Marguerite et quelques joueurs ont notamment réussi à mettre des mots précis sur la campagne. D’autres personnes interrogées étaient beaucoup moins renseignées, y compris parmi les plus jeunes.
Ce petit exercice nous a simplement rappelé quelque chose : on peut voir passer le ruban rose chaque année sans forcément savoir exactement ce qu’il représente.
Et c’est justement pour cela que la sensibilisation reste nécessaire.
Le sport amateur possède un avantage considérable : il rassemble énormément de monde dans un même lieu.
Sur un week-end dans un gymnase peuvent se croiser des joueuses et joueurs de 8 à 45 ans, leurs parents, leurs grands-parents, des bénévoles, des entraîneurs, des arbitres et des spectateurs.
Quelques centaines de personnes peuvent donc être touchées par une action pourtant très simple.
Un club peut bien sûr mettre son logo en rose. C’est déjà un moyen de rendre la campagne visible.
Mais il peut également utiliser cette visibilité pour aller plus loin :
- inviter une association ou des professionnels de santé dans le gymnase ;
- diffuser des informations fiables sur le dépistage ;
- organiser une tombola ou une collecte ;
- reverser une partie de la recette de la buvette ;
- associer une rencontre à une opération solidaire ;
- sensibiliser directement ses licenciés pendant quelques minutes ;
- utiliser ses réseaux sociaux pour expliquer la cause plutôt que simplement afficher un ruban.
Aucune de ces initiatives n’a besoin d’être spectaculaire.
Dans les Bouches-du-Rhône, l’Open féminin de Pré-Régionale organisé ce week-end à Sénas par le Comité 13 s’inscrit justement dans le cadre d’Octobre Rose.
Plusieurs équipes départementales vont se retrouver pour lancer leur championnat féminin.
Ce type de rendez-vous peut donner une autre dimension à la campagne : le basket devient un support permettant de mettre la cause en avant devant les joueuses, les familles et les spectateurs présents dans la salle.
Et le mouvement dépasse évidemment notre département.
Au niveau national, la FFBB participe cette année encore au challenge connecté #Generose, organisé du 1er au 14 octobre. L’objectif est d’atteindre collectivement une moyenne de 6 000 pas par jour. Si le défi est réussi, 71 800 euros doivent être versés à l’association Ruban Rose et à la recherche contre le cancer du sein.
Voilà une façon très concrète de transformer la mobilisation sportive en action.
Les idées ne manquent pas.
Dans le basket français, certains clubs vont par exemple jusqu’à associer leurs performances sportives à une collecte.
Cette saison, Élan Lagny Basket dans le 77 a annoncé reverser 1 euro pour chaque panier à 3 points inscrit par ses équipes lors d’un week-end, en plus des bénéfices d’une buvette spéciale Octobre Rose.
Autre exemple : certains clubs rendent exceptionnellement leur entrée payante à petit prix et reversent l’intégralité des recettes à une association. C’est notamment le choix du Sablé Basket avec une entrée à 2 euros reversée à la Ligue contre le cancer.
L’objectif n’est évidemment pas de demander à chaque club amateur d’organiser une opération de cette ampleur.
Il s’agit plutôt de montrer qu’entre ne rien faire et organiser un événement gigantesque, il existe énormément de possibilités.
Octobre Rose ne se limite d’ailleurs pas aux initiatives sportives.
Le Département des Bouches-du-Rhône annonce plusieurs opérations de sensibilisation en octobre : stands d’information, quiz, actions autour de la prévention ou encore supports permettant de mieux comprendre le dépistage.
Des rendez-vous sont notamment prévus à Marseille, Gardanne, Aix-en-Provence, Port-de-Bouc ou Arles. À Marseille, des actions sont annoncées au CPEF des Flamants le 9 octobre et au Village Santé de Frais Vallon le 21 octobre.
Un club qui souhaite s’engager n’est donc pas obligé de tout construire lui-même.
Il peut également relayer les initiatives existantes et orienter sa communauté vers les structures compétentes.
C’est probablement là que se trouve le principal point de vigilance.
Depuis le 1er octobre, les logos roses se multiplient.
Et c’est une bonne chose si cela permet à davantage de personnes de voir le ruban et de s’interroger sur sa signification.
Mais le symbole perd une partie de son intérêt s’il devient uniquement un code graphique obligatoire du mois d’octobre.
Passer son logo en rose, commander un tee-shirt spécial ou créer une affiche dédiée ne devrait pas être une finalité.
Le plus important reste ce qui accompagne l’image.
Pourquoi le club porte-t-il du rose ?
Ses jeunes savent-ils ce que signifie le ruban ?
Les familles ont-elles reçu une information utile ?
Une action, même modeste, est-elle menée ou relayée ?
Parce qu’une communication réussie sur Octobre Rose ne devrait pas seulement permettre de dire : « notre club participe ».
Elle devrait permettre à quelqu’un d’apprendre quelque chose ou de passer à l’action.
Les clubs amateurs ne sont évidemment ni des organismes de santé ni des associations spécialisées dans la lutte contre le cancer.
Personne ne leur demande de le devenir.
Mais ils disposent d’une chose extrêmement précieuse : une communauté.
Des centaines de personnes qui suivent leurs réseaux sociaux, viennent dans leurs gymnases et leur accordent de l’attention chaque semaine.
Alors oui, un logo rose peut être utile.
Un tee-shirt peut être utile.
Une affiche peut être utile.
À condition qu’ils soient la porte d’entrée vers quelque chose de plus important : une information, une discussion, une collecte, une action ou simplement une prise de conscience.
Car Octobre Rose ne devrait pas être une tendance visuelle que l’on active le 1er octobre avant de l’effacer un mois plus tard.
Le rose attire le regard.
À nous ensuite de faire en sorte que le message reste.

